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« Nous n’habitons plus la même planète que nos aïeux : la leur était immense, la notre est petite ». Ce propos de Bertrand de JOUVENEL, de 1959, peut, aujourd’hui, nous paraître un truisme. Cependant, c’est le point de départ de toute réflexion relative à l’avenir de la Terre puisqu’il montre la promiscuité des milieux et, partant, leur interdépendance.
De mon point de vue, tout débat « Pour un avenir durable », ne peut éviter deux champs réflexifs : la conduite du changement et l’appréhension des acteurs.
LA CONDUITE DU CHANGEMENT
Le changement, comme le disait CROZIER, « n’est ni une étape logique d’un développement humain inéluctable, ni l’imposition d’un modèle d’organisation sociale meilleur parce que plus rationnel, ni même le résultat naturel des luttes entre les hommes et de leur rapport de force. Il est d’abord la transformation d’un système d’action ».
Ainsi, il semble bien que le changement ne doive pas être considéré d’abord comme une solution, mais comme un problème. Et même comme un problème incontournable, sans quoi les processus engagés, dont nous dénonçons les effets, conduiront aux résultats prévus que nous ne souhaitons pas.
Les incantations, telle celle de J. CHIRAC : « La maison brûle et nous regardons ailleurs », ne suffisent pas. En effet, il s’agit de décider et d’assumer les mécanismes sociaux stables qui vont réguler les jeux des acteurs, pour rester chez CROZIER.
Le Centre Ressource du Développement Durable a élaboré une grille de lecture du Développement Durable qui comprend quinze principes d’actions. A leur vue on ne peut que re-marquer la pertinence de chacun et la cohérence de tous. Alors pourquoi les Agendas 21 n’ont-ils pas plus de succès ?
La première explication pourrait être liée à la notion d’immédiateté. Celle-ci fonctionne sur le mode consommateur, c'est-à-dire sans la conscientisation du passé ni l’évocation du futur.
La seconde serait un peu différente en apparence, mais découle d’une philosophie de la facilité, c’est le refus d’admettre la notion de complexité. Or beaucoup de nos responsables, à l’image des simples citoyens (à qui ils sont liés) profèrent l’unicité des faits et de leurs causes. En conséquence de l’incompréhension de ce qui se passe, les décisions qui sont prises ne peuvent être que du monde de la fiction, voire de l’utopie. Si B.CYRULNIK dit de l’utopie que c’est « le plus joli moment pathologique d’une société normale qui aspire au bonheur », j’ajouterai que ce moment est le passage vers le despotisme.
Pour ne pas sembler porter un jugement affligeant sur autrui, nous pouvons reconnaître, avec BERGSON, « que notre esprit à une irrésistible tendance à considérer comme plus claire l’idée qui lui sert le plus souvent ». Cependant, la constante sociétale c’est bien que le despotisme apparaît grâce à l’immobilisme des idées et que son avenir réside dans le renforcement de ce système.
La conduite du changement pour un avenir durable, nous engage à la transformation de notre système d’action actuel, intégrant, en particulier, le processus décisionnel dans un continuum rationnel.
L’APPRÉHENSION DES ACTEURS
Qui sont les acteurs de l’avenir durable ?
A l’évidence tous les habitants de la Planète. Encore convient-il que ce « tous » ne vise pas un collectif anonyme mais bien chacun d’entre nous.
Alors se pose une question : qui de chacun d’entre nous est responsable d’initier les autres et le mouvement ? Où réside l’initiative ?
J’ai de l’admiration pour un des préceptes de ma grand-mère qui disait : « C’est celui qui a reçu le plus qui doit le plus ». Elle ne parlait, bien entendu, pas seulement des richesses matérielles puisqu’elle poursuivait : « Ainsi, c’est le plus intelligent qui fait le premier pas ».
Qui aujourd’hui va endosser l’habit de celui qui a reçu le plus ?
Ceci est d’autant plus important que nous sommes dans des changements de comportements personnels où l’encouragement par l’exemple s’avère comme un des moyens de la réussite. Pourquoi me retiendrais-je d’aller me détendre au bord d’un lac à deux cents km, en voiture ou, mieux, en avion, même si une ballade de deux km, à pied, près d’un lavoir champêtre m’assurerait un aussi favorable dépaysement ? Qui me montre que les déplacements doivent être raisonnés ?
Prendre en compte cette nouvelle dimension sociétale nous conduit à reconnaître que nos schémas de compréhension des phénomènes sociaux ne sont plus adaptés à rendre compte de la réalité sociale. En conséquence, les réponses aux problèmes de notre environnement relèvent de l’aléatoire, pour ne pas dire du miracle. Pour ma part, je préfèrerais que tous ceux qui dirigent, à commencer par les responsables politiques, fassent, dans l’esprit des propos de ma grand-mère, le premier pas. Je suis prêt à participer à la marche.
Laurent Meyer, Jura
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