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Cette année, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal rivalisent de formules et de mots chouchous... qui sont parfois les mêmes, et révèlent une France qui semble tourner définitivement le dos à l'idéologie de Mai 68. L'heure n'est plus à «il est interdit d'interdire» mais à la promotion de l'effort, du mérite et de l'autorité.
- Travail
C'est le grand mot de la campagne. Dans la France des 35 heures et des cinq semaines (au moins) de congés payés, mais aussi celle des trois millions de chômeurs, les deux candidats favoris les utilisent à qui mieux mieux. Dans son discours d'investiture, le 14 janvier, le président de l'UMP a prononcé 47 fois «travail» ou «travailler» et 8 fois «travailleur», le mot fétiche de la pasionaria d'extrême gauche, Arlette Laguiller. De son côté, Ségolène Royal a dit 29 fois «travail» et 5 fois «travailleur» dans le grand discours sur son pacte présidentiel, le 11 février. L'un et l'autre veulent «réhabiliter la valeur travail». Mais le slogan cache des réalités différentes. Pour Nicolas Sarkozy, c'est «travailler plus pour gagner plus». Pour Ségolène Royal, c'est «un travail pour tous, un métier pour chacun». Et ses réserves sur les 35 heures, que le PS veut généraliser, sont connues.
- Ordre
Thème de droite depuis des lustres, l'ordre a franchi les barrières. Ségolène Royal en parle autant qu'elle vante l'autorité. Au Parti socialiste, on grince des dents mais elle s'en moque, persuadée qu'elle est de toucher au cœur des maux de la société française, et de faire mouche dans les classes populaires qui, en 2002, avaient délaissé la gauche pour se jeter dans les bras de Jean-Marie Le Pen.
Ségolène Royal a prononcé l'adjectif 16 fois le 11 février. Son slogan, même s'il ne figure pas sur ses affiches, c'est «l'ordre juste», décliné en «juste autorité» ou «juste concurrence». Un discours qui peut séduire à droite.
- Rupture
C'est un mot qui joue à cache-cache. Au début de la campagne électorale, Nicolas Sarkozy n'avait que lui à la bouche. Des psys auraient pu affirmer que c'était en relation avec ses problèmes conjugaux et le départ de son épouse Cécilia. Puis Cécilia est revenue, la rupture est devenue «rupture tranquille» (encore un oxymore). Finalement, le 14 janvier, le mot n'est apparu qu'une fois dans le discours. Nicolas Sarkozy a compris que, membre du gouvernement depuis cinq ans, il pouvait sans doute incarner le changement mais difficilement la rupture. D'autant que les sondages lui ont indiqué que le mot sonnait mal aux oreilles des Français qui entendent en écho «désordre», voire «révolution». Exit donc la rupture.
- Education
Le mot est commun aux deux candidats. Tout en découle, disent-ils presque à l'unisson. L'échec scolaire, le chômage des jeunes et la crise des banlieues qui a secoué la France fin 2005 sont passés par là.
- Mère
Ce fut le moment fort du discours de Ségolène Royal le 11 février, quand elle martela, le poing serré sur le ventre: «Je sais au fond de moi, en tant que mère, que je veux pour tous les enfants qui naissent et qui grandissent en France ce que j'ai voulu pour mes propres enfants.» Les experts qui mesuraient les réactions d'un panel de citoyens seconde par seconde notent qu'à ce moment-là, même l'électorat de droite était secoué. La France aurait-elle le choix, pour la présider, entre le premier flic de France et une mère de famille autoritaire?
- Insécurité
Ce fut le mot vedette de la présidentielle de 2002, propulsant au second tour le leader de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen. Cette année, le mot est seulement en filigrane mais plus personne ne nie que l'insécurité existe. Au contraire de Lionel Jospin qui parlait il y a cinq ans d'un «sentiment d'insécurité», Ségolène Royal entend bien lutter contre l'insécurité tout court. Le 11 février, elle a assuré qu'«à la première incartade» il fallait sévir, et n'a pas renoncé à son projet d'encadrement militaire des délinquants. Contre l'avis des hiérarques du PS et même du premier secrétaire, son compagnon à la ville François Hollande. En revanche, le 14 janvier, Nicolas Sarkozy, dans son effort de se débarrasser de son image de premier flic de France, n'a pas prononcé «sécurité» ou «insécurité» une seule fois...
- Camarades
C'est le grand absent du discours de la candidate socialiste. Contrairement à tous les usages du parti, Ségolène Royal commence ses discours par «chers amis» mais n'ajoute pas «chers camarades». Le 11 février, elle a omis un autre mot pendant ses deux heures de discours: «socialiste».
Philippe Gonon
Candidat UDF à l'élection législative 2007, 1° circonscription du Doubs
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